Nous n'avions pas vraiment prévu de le couvrir, celui-là, nous disant qu'il n'était même pas assez détestable pour qu'on le mentionne (contrairement à Miss Violence) et que le silence à son sujet était une réponse acceptable, sachant que d'autres films plus significatifs – en bien ou en mal – nous attendaient. Mais il est maintenant acquis que ce film gorgé de stars, d'histoires vraies et de commémoration (tout juste cinquante ans après les faits) ne retournera pas dans l'ombre très longtemps, puisqu'il doit sortir dans les salles en octobre prochain. Alors fendons-nous de quelques mots sur Parkland, la plus incompréhensible anomalie de cette sélection en compétition pour le Lion d'or de la Mostra 2013, alors qu'il eût mieux trouvé sa place – et qu'il la trouvera peut-être – dans les rangs pontifiants de la course aux Oscars ou aux BAFTA. Parkland n'est rien de plus que ce qu'en indique la phrase d'accroche sur son affiche : la reconstitution maniérée de l'assassinat du président John F. Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963, et des trois jours qui ont suivi sur ces lieux. Le film de Peter Landesman prend pour prétexte les témoignages de personnes impliquées dans le drame : Abraham Zapruder évidemment, qui filma la scène du crime ; les infirmiers qui tentèrent de sauver l'illustre victime ; les agents du Secret Service qui assuraient sa protection et qui se démenèrent pour ramener le corps à Washington ; le vice-président et futur président Lyndon B. Johnson ; le FBI ; et même la famille du suspect numéro un Lee Harvey Oswald, notamment son frère mortifié et honteux, et sa mère qui soutint que son Lee Harvey était un agent du gouvernement américain.

Puisque les temps du film sont agités, Landesman choisit une esthétique d'agitation artificielle faite de caméra instable et de sur-découpage (merci au chef-opérateur pro de la caméra portée Barry Ackroyd qui, après une longue collaboration avec Ken Loach, est parti vendre son savoir-faire dans une industrie hollywoodienne singeant le style des reportages embarqués). Mais si l'approche formelle est médiocre, c'est le fond qu'elle accrédite – ou qu'elle cache, en collaboration avec le cachet témoignages vécus – qui désole absolument. Car le film est malin, se cachant derrière une intention sociologique de filmer l'impact de l'événement sur la population et la société : désarroi, panique, dérapages juridiques (conflit entre le coroner et le Secret Service : le meurtre d'un président est-il ou non un crime fédéral ?), tentation d'exploiter l'événement (Zapruder vendant son film au magazine Life sans que les autorités puissent l'en empêcher). Mais derrière la prétendue intelligence de la description des réactions, il y a une même idée, beaucoup plus consensuelle et illusoire. Toutes les scènes ou presque, en effet, se terminent par une sentence ou une posture qui prend soin de nous rappeler ceci : c'est le président des États-Unis qui vient de mourir, et tout le monde, toute une nation est terrassée par l'événement. Oui, tout le monde, même le frère Oswald qui semble n'être là que pour servir de caution morale face à l'état irrécupérable de ses proches plombés par le cabotinage des acteurs, Lee Harvey et surtout sa mère que Jacki Weaver réussit à rendre tout à fait ridicule. Tous les autres, semble-t-il, aimaient JFK. Voilà qui valait bien une leçon d'histoire.